Difficile de s’y retrouver, quand on partage le même aïeul avec la moitié d’Internet…
Dans la série de mes ancêtres « célèbres », en voici un qui m’a donné bien du fil à retordre…
J’emploie ce mot — « célèbres » — avec un léger sourire. Il ne s’agit pas de personnages illustres ayant marqué l’Histoire, mais de ces ancêtres que l’on retrouve partout. Ceux que je partage avec une foule d’autres généalogistes, au point qu’ils apparaissent dans des dizaines, parfois des centaines d’arbres en ligne.
La plupart ont vécu au XVIIᵉ siècle. Ils laissent derrière eux des traces ténues : quelques actes, souvent lacunaires, rarement sourcés avec précision. Et très vite, les versions divergent. Une ascendance change d’un arbre à l’autre. Le nombre d’enfants fluctue. Un homonyme surgit et brouille les pistes.
Alors l’erreur s’installe. Elle est reprise, copiée, recopiée. Elle circule d’arbre en arbre, jusqu’à prendre des allures de vérité.
L’ancêtre dont je vais parler aujourd’hui appartient précisément à cette catégorie. Il s’agit de Jean MARTINEAU, laboureur à la Courvoisière, à Cossé-d’Anjou, époux de Renée CATROUX. (Sosas 640 et 641 dans mon arbre.)
Première hypothèse
L’une des ascendances souvent proposées pour mon Jean MARTINEAU consiste à le rattacher à la famille MARTINEAU de La Tourlandry, des métayers qui exploitèrent successivement les closeries de L’Angibourgère puis de La Mancelière. Dans cette construction généalogique, François MARTINEAU, métayer de L’Angibourgère, né vers 1599 et décédé le 22 décembre 1694 à La Tourlandry, âgé « de quatre-vingt-quinze ans ou environ », serait présenté comme son père.
L’acte de sépulture de ce François MARTINEAU est particulièrement intéressant. Il précise que le défunt « a toujours demeuré à L’Angibourgère », mais qu’il a déménagé peu avant sa mort, « à la Toussaint dernière », pour s’installer à La Mancelière. Sont alors présents Jean MARTINEAU, son fils, ainsi que François et François MARTINEAU, ses petits-fils, lesquels déclarent ne pas savoir signer.
François MARTINEAU était l’époux de Perrine BARANGER, et leur descendance est relativement bien documentée. Cinq enfants sont attestés par des actes de baptême conservés dans les registres paroissiaux : Perrine, Louise, Espérance — qui, soit dit en passant, est devenue « Étienne » dans de nombreux arbres en ligne — Jean et Michelle. Deux autres enfants sont généralement ajoutés par les généalogistes, soit par déduction logique, soit grâce à des actes de mariage, parmi lesquels figurent notamment un Jean MARTINEAU supplémentaire ainsi qu’un François MARTINEAU.
C’est précisément cette répétition des prénoms qui a probablement favorisé la confusion.
Car en réalité, l’hypothèse reliant mon Jean MARTINEAU à cette famille est assez facile à écarter dès lors que l’on examine les actes.
François MARTINEAU a eu deux fils prénommés Jean MARTINEAU. Or aucun des deux ne peut correspondre à mon ancêtre.
Le premier épouse Mathurine DENECHERE en 1657 à Saint-Hilaire-du-Bois et y décède en 1666. Les deux actes existent et ne laissent place à aucun doute sur son identité ni sur son parcours.
Le second Jean MARTINEAU se marie d’abord avec Perrine BOISDRON, puis se remarie en 1679 à La Tourlandry avec Perrine DENECHEAU. C’est lui qui, encore vivant en 1694, assiste à l’inhumation de son père François MARTINEAU, comme l’indique clairement l’acte de sépulture.
Or mon propre Jean MARTINEAU est, quant à lui, décédé en 1671 — preuve documentaire à l’appui.
La chronologie suffit donc à exclure toute identité entre ces hommes. Aucun des deux fils de François MARTINEAU ne peut être le laboureur de La Courvoisière à Cossé-d’Anjou.
Seconde hypothèse
Une autre piste apparaît à Trémentines, situé à une dizaine de kilomètres de Cossé-d’Anjou. Selon plusieurs généalogistes sur Geneanet, Jean pourrait être le fils de Jacques MARTINEAU et Perrine BERNIER. L’acte de baptême existe : le 28 février 1620, « Jean, fils de Jacques MARTINEAU et de Perrine BERNIER, demeurant à la Bergerie », est baptisé à Trémentines. La date colle parfaitement à l’âge de mon Jean MARTINEAU, mort en 1671 « âgé d’environ cinquante ans ».

« Le 28 ième febvrier 1620 par R. DEBILLOT prestre, a esté baptizé Jan fils de Jacques MARTINEAU et de Perrine BERNIER sa femme demeurant à la Bergerie, a esté parrain Jan CHIRON filz de Michel CHIRON et maraine Jacquette GOURDON veuve de défunt René MOCET »
Le couple Jacques MARTINEAU – Perrine BERNIER a eu au moins un autre enfant connu, René MARTINEAU, baptisé en 1623, dont la marraine pourrait être une tante, Renée MARTINEAU, épouse d’Evurce CHERBONNIER, habitant à Boussion.
En plongeant dans les registres, en étudiant tous les parrainages et en traquant les familles MARTINEAU et CHERBONNIER, j’ai découvert une génération supplémentaire : Jacques MARTINEAU, époux de Perrine BERNIER, serait vraisemblablement le fils d’Evurce MARTINEAU et de Jeanne COTTANCEAU. Il avait une sœur, Renée MARTINEAU, épouse d’Evurce CHERBONNIER, et un frère, Pierre MARTINEAU, époux de Perrine GOURDON. Si je parviens à rattacher mon Jean MARTINEAU à cette famille, je pourrais ajouter deux générations supplémentaires à mon arbre.
Jean MARTINEAU quitte Trémentines pour s’installer à Cossé-d’Anjou, où il épouse Renée CATROUX. Sa vie y est bien documentée : baptêmes d’enfants, naissances de jumeaux, décès prématurés, et enfin le sien, le 12 janvier 1671. Les témoins présents aux actes sont des alliés, parents par alliance, cousins ou oncles, mais aucune mention directe de ses origines à Trémentines n’apparaît. (Voir mon arbre sur Geneanet pour plus de détails.)
Impossible de prouver avec certitude que Jacques MARTINEAU et Perrine BERNIER soient les parents de Jean MARTINEAU. Néanmoins :
- La date du baptême de Jean MARTINEAU, le 28 février 1620, correspond à son âge estimé.
- Jacques MARTINEAU est présent au mariage de Georges BERNIER, fils de Mathurin BERNIER et Jeanne MARTINEAU, avec Jeanne CHIRON, le 19 janvier 1641 à La Tourlandry.
- Michelle BERNIER, fille aînée de Georges BERNIER et Jeanne CHIRON, est baptisée le 9 janvier 1642 à La Tourlandry, avec pour parrain Jean MARTINEAU de Trémentines. [Il s’agirait de Jean MARTINEAU, fils de Jacques MARTINEAU et Perrine BERNIER, futur époux de Renée CATROUX.]
- Perrine BERNIER, également fille de Georges BERNIER et Jeanne CHIRON, marraine de Jean GIRARD, fils de Simon GIRARD et Perrine CATROUX, le 30 octobre 1666, décède le 14 mai 1679 à La Frappinière, paroisse de Cossé-d’Anjou. Sont présents à sa sépulture Jacques MARTINEAU [fils de Jean MARTINEAU et Renée CATROUX, époux de Renée COTTANCEAU] et Simon GIRARD.
Ces indices restent ténus et les liens de parenté ne sont jamais explicitement formulés, mais ils suggèrent fortement une continuité familiale reliant Jean MARTINEAU de Cossé-d’Anjou à Trémentines. C’est la raison pour laquelle j’ai adopté cette ascendance dans mon arbre, sous toutes réserves, bien évidemment.
