(Complément de l’article Saint-Georges-du-Puy-de-la-Garde.)
Célestin Port, Dictionnaire Historique du Maine-et-Loire, 1878
Saint-Georges-du-Puy-de-la-Garde, canton de Chemillé (7 kil.), arrond. de Cholet (15 kil. 1/2) ; – à 45 kil. d’Angers. – Ecclesia sancti Georgii de Podio de Guarda 1107 circa (Cartul. de Chemillé, ch. 16). – Sanctus Georgius de Podio Garde 1107 (Ib., Ch. 17). – Sanctus Georgius de Podio quod dicitur de Garda 1120 (Ibid., ch. 20). – Sanctus Georgius ad montem de la Guarde 1231 (Chemillé, ch.or.) – Saint-Georges-du-Puy-de-la-Garde 1476 (Ib., Cart., pap., ch. 108). – En partie sur la crête, dominée par les Gardes (210 mètres), qui va s’baissant jusqu’à la plaine, du Sud (170 mèt.) au N. et N.-O. (132-120 et même 102 mèt.). – Entre Chemillé et Mêlay (7 kil.) au N., Mêlay et les Gardes (2 kil.) à l’E., les Gardes, la Tour-Landry (5 kil. 1/2) et Trémentines (4 kil. 1/2) au S., Trémentines et la Chapelle-Rousselin (9 kil.) à l’O.
La route nationale d’Angers aux Sables descend en droite ligne, le long de la partie orientale du N. au S. jusqu’au bourg, où elle s’incline au sortir par un angle vers S.-O. (6,060 mèt.). S’en détachent au bourg même les chemins vicinaux de Mêlay et de la Chapelle-Rousselin. – Le chemin de fer de Niort forme une courbe de 6 kil. à travers le territoire vers l’O., sans s’y arrêter.
Y naît tout près et à l’Est du village du Noyer, à un kil. à l’Ouest du bourg, la rivière de l’Hirôme, qui coule du Sud au Nord (6 kil.), reçoit à droite le ruisseau de l’Aunay, grossi du ruisselet de la Blottière, et le ruisseau du Houx, né sur la commune, anime à droite la forge des Planches, à gauche le Moulin-Blouin, reçoit à gauche le ruisseau de la Rodelle, limite de la commune sur 2,050 mèt. vers Nord, et pénètre en Chemillé, au point même où afflue à droite le ruisseau de la Roche-Malard, venant des Gardes et qui forme limite entre Mêlay, sur un parcours de 5,400 mèt. – Y naissent encore les ruisseaux des Lautrais et de la Singère, qui s’achappent aussitôt l’un sur Jallais, l’autre sur Trémentines.
En dépendent les hameaux du Puy-de-la-garde (8 maisons, 28 hab.), la Mélinière (6 mais., 41 hab.), l’Aunay (9 mais., 42 hab.), le Plessis-Macé (5 mais., 29 hab.), les Landes (4 mais., 14 hab.), Landefolle (4 mais., 25 hab.), le Fouy (3 mais., 25 hab.), la Maison-Neuve (3 mais., 13 hab.), la Lisardière (3 mais., 9 hab.) et 46 fermes ou écarts dont 19 groupes de 2 maisons. – Ni château ni maisons bourgeoises.
Superficie : 3,226 hect., – la loi du 3 mai 1853 en ayant détaché 182 hect. 95 a. pour aider à former la nouvelle commune des Gardes, – dont 35 hect. en bois taillis, 330 hect. de prés, le reste en labours, y compris les 200 hect. de landes encore en friche en 1827. – Nulle vigne.
Population : 120 feux, 540 hab. en 1720-1726. – 227 feux en 1789. – 906 hab. en 1806. – 1.266 hab. en 1821. – 1.388 hab. en 1831. – 1.460 hab. en 1841. – 1.031 hab. en 1851. – 1.134 hab. en 1856. – 925 hab. en 1872. – 930 hab. en 1876. – réduite de plus du quart en 1853 et depuis en décroissance constante.
Le bourg (91 maisons, 94 mén., 326 hab.), aligne sur le versant Nord du coteau, de chaque côté de la route nationale, ses maisons neuves, couvertes en tuiles rouges, tandis qu’un peu à l’écart vers k’Est se tient l’ancien groupe autour de l’église ; – le plus grand nombre des habitants de la commune, – sauf une centaine d’ouvriers tisserands, – vit des revenus du travail agricole, céréales, fourrage, élève de bestiaux, sur un sol très fertile et bien cultivé, en opposition d’intérêts avec les Gardes, centre surtout industriel. – Une forge pourtant existe aux Planches et une usine au moulin de Blouin, aidée de deux moulins à vent.
Bureau de poste de Chemillé. – Perception de la Jumellière.
Ni foire ni marché.
Mairie avec Ecole laïque de garçons. – Ecole publique de filles (Soeurs de la Salle-de-Vihiers), bâtie en 1860 (archit. Simon) sur un terrain acquis de la fabrique (ordonnance du 11 septembre 1859).
L’Eglise, dédiée à St Georges (succursale, 5 nivôse an XIII), vient d’être entièrement reconstruite en style ogival, avec belle flècge de pierre (arch. Dusouchay), l’oeuvre entière due aux libéralités de Mme Elisabeth-Marie Poudret de Sevret, veuve d’Emmanuel-Pons-Dieudonné de Las Cases, dont elle porte les armes et la devise : semper paratus. – L’ancienne église placée en avant avait été vendue nationalement avec la cure, le 25 mai 1792, au citoyen Duchesnay, de Cholet, rachetée vers 1811 par la commune, restaurée en 1816, agrandie et décorée d’un clocher en 1828, pour être définitivement délaissée en 1876 et bientôt jetée bas. C’est une croix latine, dont le choeur à fond plat, éclairé autrefois d’une jolie baie ogivale à meneaux XVe s., conserve un rétable du XVIIe s., chargé des statues informes de St Pierre et de St Jean avec un St Georges à cheval, emportant en croupe la fille du roi de Cappadoce ; – à droite et à gauche, les statues peintes, en bois, de Ste Barbe et de Ste Claire, XVIIIe s. ; – près du grand autel, les statues de St Jacques et de St François d’Assise ; près de la chaire, St Sébastien ; vis-à-vis, St Louis. – On a employé dans le dallage deux tables d’autels en granit et trois tombes sans inscription mais gravées l’une d’une croix pattée, l’autre d’une croix potencée à pied, la troisième d’un fer de lance et d’une sorte de houe.
Par acte notarié du 21 août 1874, dont un décret du 26 février 1876 a autorisé l’acceptation, la même bienfaitrice a fait don à la fabrique d’une somme de 270.000 fr., dont 250.000 fr. à convertir en rentes, et d’un groupe d’immeubles estimés 173.000 francs pour la fondation d’un hospice d’au moins 16 vieillards, à choisir dans des proportions déterminées sur les communes des Gardes, de St-Georges, de St-Lézin et éventuellement de Jallais. L’édifice forme une vaste construction rectangulaire avec deux ailes en retour, sur le flanc du coteau, au S.-E. du bourg, et doit prochainement recevoir son installation.
Aucun monument antique n’est signalé sur le territoire, dont la grande voie du May à Vihiers forme encore en partie la limite vers S., traversant le village du Puy-de-la-Garde. Une autre, descendant de Chemillé à Cholet, le long de la rive droite de l’Hirôme, passait à quelques mètres à l’Est de la Landefolle. – Dès le XIe s. l’église y apparaît construite au milieu du cimetière, dans lequel ici, comme presque partout ailleurs en Anjou, se groupent les premières habitations chrétiennes ; tout auprès, le château, dont le seigneur, Sigebran, fils de Garin le Borgne, y appela les moines de Marmoutier, en les gratifiant de tous les revenus de la cure, d’un emplacement suffisant pour bâtir un bourg et de toutes les menues dîmes. Les religieux occupaient à cette époque sur la paroisse même une antique petite chapelle, Notre-Dame-du-Genet, capella de Mirica, de Genesta, – origine sans doute de la chapelle actuelle des Gardes, V. ce mot, – qu’ils cédèrent alors aux Bénédictins de St-Nicolas d’Angers. A la mort de Sigebran, Gausbert, son frère, irrité de ce marché secret, reprit de force la donation de l’église paroissiale, qui ne fut rendue aux moines qu’en 1107 par son héritier. Dans l’intervalle la guerre entre les seigneurs de Maulévrier et de Chemillé avait détruit le bourg et l’église, qui furent reconstruits par les moines en 1110, et sans doute ruinés de nouveau durant les guerres anglaises.
Curés : Guill. FRAPIN, licencié en décrets, 1476, 1484. V. ce nom, car c’est lui sans aucun doute « ce vieux oncle », dont parle Rabelais, auteur, comme son successeur, de fameux Noëls. – Lucas LEMOIGNE, V. ce nom, vers 1500. – Jacques HUMEAU, 1609, août 1637. – Jean OLIVIER, ancien vicaire, août 1637, qui résigne en 1643 et meurt le 29 mars 1654. – Mathieu GOURDON, 1645, 1648. – Claude LEMAIRE, mars 1649 ; son testament est du 2 avril 1675, accru d’un codicille le 9 septembre 1679. – Michel LELIEPVRE, décembre 1679. – LEBRETON, d’Angers, janvier 1691, octobre 1697. – L. MARESCHAL, décembre 1697, mars 1698. – Ant. COUEFFARD, septembre 1698, † le 5 décembre 1733, âgé de 65 ans. – Claude MONDAIN, février 1734, † le 26 juillet 1742, âgé de 46 ans, oncle du curé du Fief-Sauvin. – DELAFOSSE, 27 juillet 1742, † le 17 mars 1763, âgé de 78 ans. – Louis RICHARD, 1763, † le 23 juillet 1772, âgé de 49 ans. – Prosper-Paul de La MORLAIE, V. ce nom, origianire de Gesté, 1778-1791.
La paroisse dépendait du diocèse de Poitiers jusqu’en 1317, de Maillezais jusqu’en 1648, et plus tard de la Rochelle, du Doyenné de Vihiers, du Présidial et de la Sénéchaussée d’Angers, de l’Election et des Aides de Montreuil-Bellay, du Grenier à sel de Cholet, – du district de Cholet, du canton de Chemillé. Elle se plaint dans son cahier d’être taxée au moins à la moitié du revenu réel des biens fonds. Elle comptait alors, mais en y comprenant les Gardes, 9 fabricants de toiles, 2 maréchaux, 1 meunier, 31 métayers, 6 bordiers, 4 journaliers. On voit par ailleurs, qu’elle était très pauvre et couverte de mauvais herbages infestés de maladies particulières, qui décimaient les bestiaux. – En 1791 le siège en fut transféré aux Gardes, où un nouveau cimetière fut bénit le 19 septembre par le curé constitutionnel.
Le château féodal a disparu dès avant le XIVe s. La seigneurie du pays appartenait au comté de Chemillé.
C’est par confusion avec le Puy-Notre-Dame que Miromesnil y mentionne en 1699 un couvent de Cordelières.
Maires : PLESSIS, démissionnaire an XIII. – François HILAIRE, 25 vendémiaire an XIII. – Jacques BRUNET, 25 mai 1821. – François HILAIRE, 16 novembre 1821. – PINEAU, 30 octobre 1830. – Jos. MARTINEAU, 1834. – Georges CHAILLOU, 23 août 1848. – J. MARTINEAU, 17 juillet 1852, installé le 25. – POUDRET de SEVRET, 1865. – GAREAU, 1870, en fonctions, 1877.
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Arch. de M.-et-L. B Cahiers ; C 192 ; H Marmoutier, Pr. de Chemillé, ch. orig. et Cartul. – Arch. Comm. Et-C. – Notice Mss. De M. Spal. – Notes Mss. De M. Boutillier de St-André. – Roger, notes Mss. – Arch. de la famille d’Andigné, D 68 ; E 19. – Notes Mss de outillier de St-André. – Pour les localités, voir le Puy-de-la-Garde, le Houx, le Fouy , le Plessis-macé, Landefolle, etc.
Encore quelques notes…
FRAPIN (…), « un vieux oncle, seigneur de St-Georges, qui a faict et composé les beaulx et joyeulx Noelz en langaige Poictevin », vivait en 1476 à Angers, sur le tertre St-Laurent, au témoignage de Rabelais (Anc.-Prologue du ive liv.).
LEMOIGNE (Lucas), curé de St-Georges-du-Puy-de-la-Garde, est l’auteur de Noëls, recueillis après sa mort et publiés sous ce titre : Sensuivent plusieurs chansons de Nouelz nouveaulx et spéciallement les Nouelz, que composa feu maistre Lucas Le Moigne… (Paris, 1520, petit in-8° goth., de 63 ff.). L’unique exemplaire connu est passé de la bibliothèque de la Vallière (vendu 8 fr.) dans celles de Raynouard, de Leduc, de Cigogne et dernièrement du duc d’Aumale. Il en a été fait une réimpression (Paris, 1860, Lahure, in-16 de XVI-172 p.) à 30 exemplaires pour la Société des Bibliophiles français. – Il se pourrait bien que ce fût là « le vieux oncle », faiseur de Noëls, dont parle Rableais, V. Frapin.
MORLAIE (Prosper-Paul de la), natif de Gesté, était curé de St-Georges-du-Puy-de-la-Garde dès avant 1779 et jusqu’en 1791. Il refusa le serment et, réfugié à Nantes, fut déporté en Espagne en septembre 1792. Son vicaire BARBOTIN, V. Ce nom, nous a conservé dans ses papiers un poème de style burlesque, où l’xilé raconte ses misères, communes à tant d’autres, sous ce titre : Aventures comico-tragiques du curé de St-Georges, François de nation, Espagnol de force : Débarqué à la Corogne, dit-il,
Aux trois quarts demi-mort
J’y reçus les secours d’une vieille sorcière,
Couverte de haillons, de crasse et de poussière.
Ses cheveux sur son dos allaient au gré du vent ;
Dans son pain, sur ses mets, j’en rencontrais souvent.
Un asile est trouvé pourtant dans un noble monastère ; mais
L’on comptait les morceaux destinés pour mon ventre ;
et il devient d’ailleurs impossible d’y tenir,
Parce que ces Messieurs n’observaient pas les rits
Qu’on pratique en Anjou, que l’on suit à Paris,
Parce qu’ils se faisaint mille et mille grimaces
Pour rendre à l’Eternel leurs actions de grâces.
Un ordre du roi, qui assure un nouveau refuge, arrive à peine à temps. Poursuivi par l’invasion des armées républicaines,
Pour trois fois trois deniers j’aurais donné ma vie…
[Mais] j’avais autrefois vendu quelques mouchoirs,
Je m’en fais donc marchand ainsi que de rasoirs,
non sans regret de n’avoir pas mieux appris le latin. Au bout de six mois la ruine était complète. Quelques biens fonds restaient en Anjou. Un banquier avança 10.000 livres, épuisées en moins de quatre mois.
Ne vous étonnez pas ; je savais peu compter,
Je ne savais pas vendre et bien moins acheter.
Il ne restait plus qu’à mendier ; la lassitude en vint bientôt. – Malgré les conseils de l’évêque de la Rochelle, notre curé prend la route de France, arrive à Bordeaux où il est arrêté, prête serment de fidélité aux lois et aux consuls, et après un double passeport envoyé de Maine-et-Loire, force démarches et l’intervention de l’abbé Bernier, laissé enfin livre de rentrer au gîte, et avec quelle joie ! Il part ! la voiture verse en route ! Quand il arrive de pied, ses paroissiens ne l’attendaient plus. – Il essaya de reprendre sa cure, de prêcher ses ouailles et à ses confrères la soumission aux lois et le reste, – et bientôt dut prendre le parti de se retirer en sa maison natale, à Gesté. Il nous en donne les raisons :
C’est que ses chers enfants ont formé le projet
De ne point accorder à leur revenant père
Ses dîmes et ses droits ! Grand Dieu ! quelle misère !
… On l’évite ! on le craint ! on le croit un trompeur,
Surtout quant il s’agit de lui payer la dîme !
Il est mort à Gesté, le 27 juillet 1832, laissant par testament du 26 mars 1831, de nombreux legs aux fabriques de Gesté, de la Chaussaire, du Puiset-Doré et de St-Georges-du-Puy-de-la-Garde.
