Un mariage, une chambre… et le soleil couchant !

Voici l’une des raisons pour lesquelles j’aime autant la généalogie : lire par hasard au détour d’un registre un acte de mariage, en apparence tout à fait banal, et aussitôt être transporté comme par magie dans le passé.

C’est ce qui m’est arrivé en lisant l’acte de mariage de René RICHOU, dernier fils de Jacques RICHOU, l’un de mes ancêtres. Rédigé par un prêtre très méticuleux, cet acte contient en effet des notations si précises que j’ai eu l’impression que sa maison se matérialisait sous mes yeux.

René est né le 3 août 1645 au Pin-en-Mauges. Il est le huitième enfant de Jacques Richou (mon ancêtre n° 1 520), laboureur, et de Mathurine Denecheau. Sur cette fratrie nombreuse, seuls trois enfants atteindront l’âge adulte. Très jeune, René est confronté aux deuils familiaux. À l’âge de deux ans, il perd ses frères Jacques et Pierre, âgés respectivement de huit et six ans, qui meurent le même jour et sont enterrés dans la même fosse. Puis, alors qu’il n’a que quinze ans, sa mère disparaît à son tour, bientôt suivie de sa sœur aînée. Devenu métayer, il s’installe à La Poitevinière, à la Cour de La Poëze, où il va fonder sa propre famille avec Jacquine Bondu.

Un acte de mariage hors du commun

Le 23 septembre 1676, René Richou (31 ans) épouse Jacquine Bondu (environ 19 ans) en l’église de La Poitevinière. Si la plupart des actes de mariage de cette époque sont assez répétitifs et offrent peu de surprise, celui-ci, rédigé par le prêtre Pierre Richard, surprend par sa précision. L’acte, qui occupe les vues 92 et 93 du registre, attire d’ailleurs tout de suite l’attention par sa longueur inhabituelle. Le curé, en effet, ne s’est pas contenté de noter les noms des mariés et des différents témoins ; il a tenu à décrire très précisément les lieux dans lesquels les protagonistes de l’acte résidaient au moment du mariage.

« Une chambre au soleil couchant »

Ainsi, s’il est noté que René est métayer au lieu-dit La Cour de La Poëze, on peut lire également qu’il demeure « … à La Cour de La Poüeze dans une chambre apellée la Boulangerie, située proche les fosséz de laditte Cour vers le soleil couchant et proche la Salle de la ditte Cour du costé du Four… »

Grâce à ces quelques lignes, nous savons exactement où dormait René en 1676 : dans une chambre nommée « la Boulangerie », orientée à l’ouest (vers le soleil couchant), à proximité des fossés et du four de la seigneurie. Et aussitôt je « vois » mes deux jeunes mariés, se tenant par la main, entrer dans leur chambre, un soir d’automne avec en toile de fond un magnifique soleil couchant.

Une triple publication de bans

Le prêtre justifie également avec minutie les raisons pour lesquelles les bans ont été publiés dans trois paroisses différentes :

  • Au Pin-en-Mauges, car René y vivait avec son père, Jacques RICHOU, à la métairie de La Mellotière jusqu’à la Toussaint précédente (automne 1675).
  • À Jallais, car c’est là que résidait Jacquine, à La Taluassière, avant son mariage.
  • À La Poitevinière, car René y habite depuis la « Toussaint dernière », soit depuis l’automne 1675.

C’était en effet souvent à la Toussaint que le bail à ferme (ou bail rural), par lequel un propriétaire mettait ses terres à la disposition d’un métayer, commençait – ou se terminait. Il est donc très logique que René déménage à ce moment-là.

Installation de la famille RICHOU à La Cour de La Poêze

Selon Célestin Port, la Pouèze, hameau de La Poitevinière, est un ancien fief et seigneurie relevant du Petit-Montrevault. A son époque, il ne restait déjà plus rien du château, mais on pouvait encore distinguer, écrit-il, les douves, un bâtiment de ferme dont les cheminées sont en pierre, et une butte de terre entourée de douves, dans un pré.

René ne resta pas longtemps seul à la Cour de La Poëze. Au début de l’année 1680, son neveu René RICHOU — qui porte son prénom — y naquit. Cet enfant, le septième de Jean RICHOU, le frère de René, eut pour marraine Jacquine BONDU, épouse de René. Cette naissance montre que Jean et sa famille se sont eux aussi installés à La Poitevinière.

Leur père les a vraisemblablement rejoints, puisqu’il meurt à la Cour de La Poëze à l’automne de cette même année 1680.

Les actes paroissiaux ne permettent malheureusement pas de savoir si les deux familles et leur vieux père ont vécu ensemble dans cette fameuse chambre appelée « La Boulangerie ». Ce que l’on sait en revanche, c’est que la première fille de René, Marie RICHOU, baptisée le 2 novembre 1677, est née, comme l’indique son acte de baptême :  » dans la Boulangerie de la maison seigneuriale de La Poëze« , ce qui pourrait prêter à confusion si l’on ne savait pas que la Boulangerie désignait le nom d’un logement…

L’acte de mariage et sa transcription

Le vingt troisiesme jour de septembre mil six cent soixante et saize, ont esté epousez en l’eglise de la Poictevinière par moy Pierre RICHARD prêtre de la ditte Poictevinière, René RICHOU et Jacquine BONDU, ledit René RICHOU, estant metaier demeurant à La Cour de La Poüeze dans une chambre apellée la Boulangerie, située proche les fossez de laditte Cour vers le soleil couchant et proche la salle de la ditte Cour du costé du Four en cette ditte paroise de La Poictevinière, fils de Jacques RICHOU et de deffunte Mathurine DENESCHEAU aagé d’environ vingt quatre ans et laditte Jacquine BONDU demeurante à La Taluassière, paroisse de Jallais, fille de Michel BONDU et de deffuncte Jeanne MAURILLE aagée d’environ dix neuf ans. Les proclamations duquel mariage ont esté canoniquement faittes en l’église du Pin en Mauges pour cette seulle raison que ledit René RICHOU demeurait avant la Toussaint dernière à La métairie de La Mellotière paroisse dudit Pin avec son père qui y demeure encore et en l’église de Jallais à raison de la demeure de laditte BONDU, et pareillement en cette église de la Poictevinière à raison que ledit René RICHOU demeure dans laditte Boulangerie de La Cour de La Poueze depuis la Toussainct dernière, laquelle Boulangerie aussi bien que tous les autres logements de laditte Cour sont de la paroisse de La Poictevinière, auquel mariage ont assisté Jacques RICHOU demeurant à La Mellotière, paroisse dudit Pin, père dudit espoux, Jean RICHOU frère dudit epoux demeurant à la ditte Mellottière et Jean AIRAULT oncle dudit époux demeurant à La Pomerais, et Michel BONDU demeurant à St Filbert, père de laditte épouze, François BOUSSION oncle maternel de laditte épouze demeurant à La Taluassière, paroisse de Jallais, qui ont dit ne scavoir signer fors le dit René RICHOU. R. Richoult – Fresneau – Rivreau – Richard.

Dernière particularité découverte à la fin de cet acte de mariage, René, contrairement à son frère Jean, sait signer et sa signature orne fièrement le registre.

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